PALUDISME : LES PREMIÈRES DOSES DE VACCIN EN CÔTE D’IVOIRE EN 2024

Santé

Début juillet 2023 l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Unicef et l’Alliance du vaccin (Gavi) ont annoncé l’acheminer progressif de 18 millions de doses du premier vaccin antipaludique RTS,S dans douze pays d’Afrique. Dans cette interview exclusive  accordée à Savane Info, le Coordonnateur du Plan national de lutte contre le paludisme ( PNLP) évoque les enjeux de cette innovation dans le combat qu’il mène contre le paludisme en Côte d’Ivoire.

Un vaccin est désormais trouvé contre le paludisme, première cause de mortalité infantile en Côte d’Ivoire. Quel impact cela aura-t-il pour le programme national de lutte contre le paludisme que vous conduisez ?

L’introduction du vaccin contre le paludisme dans la stratégie de prévention du paludisme chez les enfants de 03 à 59 mois en vaccination de routine est une innovation. Cela permettra d’accélérer le processus d’élimination du paludisme de la Côte d’Ivoire.

Début juillet, il a été fait état de dix-huit millions de doses de ce tout premier vaccin antipaludique qui sont allouées à des pays africains qui en ont fait la demande. La Côte d’Ivoire a-t-elle fait la demande ? 

La Côte d’Ivoire est actuellement dans le processus de la demande de l’introduction du vaccin contre le paludisme dans le système de vaccination en routine. 

Et quand pourra-t-elle avoir ses premières doses ?

Dans les prochains mois. Les premières doses seront dans notre pays en 2024

Selon l’OMS, la priorité a été donnée aux régions dans lesquelles les enfants sont exposés au risque le plus élevé de contracter la maladie et d’en décéder. Est-ce à dire que si la Côte d’Ivoire ne fait pas partie des premiers pays bénéficiaires, c’est grâce à ses progrès dans la lutte ?

Comme je vous l’ai dit, nous sommes actuellement dans le processus. En réalité, la Côte d’Ivoire fait partie des pays endémiques du paludisme même si les cas de décès sont en régression. Par conséquent la Côte d’Ivoire est éligible au vaccin.

Récemment, lors d’une séance de sensibilisation à Tai, dans le sud-ouest ivoirien, l’un de vos collaborateurs, Dr Alain Dago révélait que le paludisme représente encore la première cause de morbidité avec 33% des motifs de consultation dans les établissements sanitaires de Côte d’Ivoire. Quelle est la situation actuellement à propos de la prévalence de cette maladie en Côte d’Ivoire ?

L’incidence du paludisme en Côte d’Ivoire est en progression passant de 173 pour mille en 2020 à 230 pour mille en 2021 et 269,4 pour mille en 2022.

Quels sont selon vous les facteurs qui continuent de faire persister cette maladie dans le pays, malgré les efforts consentis par le PNLP ?

Les facteurs favorisant la persistance du paludisme sont liés aux comportements de la population tels que la non utilisation des moustiquaires avec seulement 52% de taux d’utilisation en 2021 (EDS 2021), le manque d’assainissement du cadre de vie qui a pour corolaire la pullulation des moustiques, vecteurs de cette maladie et autres.

La mise en œuvre du programme avait été impactée par la COVID-19 en 2020. Cela continue-t-il d’impacter votre action ?

Le plan de contingence mis en place en 2020 a permis de contrôler la situation et de continuer la mise en œuvre des interventions de lutte contre le paludisme dans toutes les régions et tous districts. 

Pensez-vous que le vaccin antipaludique annoncé pourra vraiment faire reculer la maladie ?

Oui. Nous sommes convaincus que l’introduction du vaccin dans la prévention du paludisme est une intervention à haut impact qui permettra d’accélérer l’élimination du paludisme dans notre pays.

En attendant cette innovation, quel est votre plan d’action sur les six derniers mois de l’année 2023 ?

Les grandes interventions pour les six derniers mois de cette année sont : la poursuite de la campagne de sensibilisation sur le paludisme à travers le camion podium dans les régions sanitaires de la Nawa, San-Pedro, Cavally  et Guemon. Nous avons également la campagne de lutte antivectorielle dans les districts sanitaires d’Agbov ille, de Tiassalé, Man, Biankouma, Touba et Koro.

Il y a aussi mini campagne de distribution gratuite des moustiquaires dans les districts sanitaires de Nassian et Sakassou et la campagne de chimio-prévention du paludisme saisonnier dans les districts sanitaires de Dabakala et Dikodougou.

Comment entrevoyez-vous la lutte contre le paludisme dans les cinq prochaines années surtout avec l’entrée de la vaccination ?

Il faut savoir que la lutte contre le paludisme est depuis 2021, une lutte stratifiée, en fonction de l’épidémiologie (morbidité et mortalité) et de l’entomologie (la résistance des vecteurs aux insecticides). 

Cette stratification sera approfondie avec d’autres études pour mieux cerner la maladie par régions voire par districts pour une planification adaptée des interventions et obtenir les meilleurs résultats.

Nous envisageons comme tous les pays endémiques l’élimination du paludisme d’ici 2030 conformément aux objectifs de l’OMS. 

Vous avez regretté l’attitude des populations face à cette maladie qui continue de faire des victimes en Côte d’Ivoire. Quels conseils pouvez-vous prodiguer aux populations face à la persistance du paludisme.

Nous conseillons aux populations, l’adoption des mesures de préventions qui sont : dormir toutes les nuits sous la moustiquaire ; mettre aux portes et aux fenêtres des grilles anti-moustiques ; se rendre dans le centre de santé le plus proche en cas de fièvre ; assainir le cadre de vie pour détruire les lieux de reproduction des moustiques. 

Ténin Bè Ousmane

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