CÔTE D’IVOIRE/GRAND NORD : LE RETOUR EN FORCE DE L’ANACARDE !

Economie Filière

Avec environ 500 000 producteurs, dont la majorité provient du Nord du pays, l’anacarde connaît aujourd’hui une véritable transformation. Dans cinq ans, selon les acteurs, cette denrée deviendra l’or brun pour cette région du pays

Avec un rang de premier producteur de noix de cajou au monde pour environ 900 000 tonnes (près de 24% de l’offre globale), le taux de transformation de la Côte d’Ivoire n’est pourtant que de près de 25%. Un problème qui mine les efforts des producteurs depuis de nombreuses années, poussant beaucoup à brader leurs récoltes.  Pour pallier le problème, depuis environ 2 ans, la Côte d’Ivoire a commencé à accélérer sa politique de transformation. 

En septembre 2019, par exemple, les ministres Souleymane Diarrassouba du Commerce et de l’Industrie, Adama Coulibaly de l’Economie et des Finances et Kobenan Kouassi Adjoumani de l’Agriculture et du Développement rural, ont signé un accord de convention avec quatre entreprises industrielles, en vue de la transformation de l’anacarde. Un accord qui concerne les entreprises de transformation de FMA Industry, Kiyo Côte d’Ivoire, Ivory Cashew Nuts et Nord Cajou qui représentent une capacité nominale de transformation d’environ 29 500 tonnes par an. 

Dans le même élan, la STNC (Société de transformation de noix de cajou) a vu le jour en 2021. Une usine de transformation de noix cajou avec une capacité de production 9000 tonnes. À cela, il faut ajouter l’usine de transformation de l’agroindustriel Dekel Oil Public LTD, filiale du groupe israélien Rina, à Tiebissou. Elle jouit d’une capacité de 10 000 tonnes par an, extensible à 30 000 tonnes. Sans oublier, l’usine de décorticage de noix de cajou de Dabakala qui sera bientôt opérationnelle.  Pour couronner le tout, en octobre 2020, le président de la République, Alassane Ouattara inaugurait le Centre d’innovations et de technologies de l’anacarde (CITA) à Yamoussoukro. Un centre de formation pour tous ceux qui veulent investir dans la filière. «Si vous performez seulement dans la production dans une filière, vous avez 20% de la valeur et vous n’avez aucune maîtrise sur les autres chaînes des valeurs. Si vous êtes tout le temps dans la production et que vous surproduisez, le prix tombe sur le marché international, quand vous êtes en train juste de vendre la matière première. Si vous arrivez à transformer, le produit transformé est plus facile à conserver et à stocker que les noix brutes, qui sont très vite périssables», note Adama Coulibaly, directeur général du Conseil du coton et de l’anacarde.

Industriels : vers un taux de transformation de 52%

Aujourd’hui, ce sont plus de 12 entreprises industrielles de transformation de l’anacarde bénéficiaires des nouvelles mesures de l’Etat. Le pays prévoit l’augmentation des quantités de noix brutes transformées de 107 000 tonnes à environ 170 000 tonnes sur une période de quatre ans. La Côte d’Ivoire veut passer  à 52% de taux de transformation de la noix de cajou. Et le combat est en train d’être gagné, selon Salif Coulibaly. Car, dit-il, la plupart de ces usines qui n’étaient pas encore opérationnelles, ont commencé à fonctionner. Même si la grande partie de la transformation est toujours supportée, à l’entendre, par les unités artisanales. 

Une information confirmée par Katiohoua Soro, producteur d’anacarde à Korhogo que nous avons contactés. Pour la plupart de ces unités, ce sont les femmes qui les gèrent. Ce qui fait que le taux de transformation de l’anacarde en Côte d’Ivoire n’est pas encore important», ajoute-t-il. Avant de poursuivre : « Si nous parvenons à transformer la majeure partie de notre production, cela donnera inévitablement une plus-value aux producteurs que nous sommes. Et avec les efforts du gouvernement, cela pourrait être possible d’ici 2030». Alors ce sera fini, les années où les productions pourrissent dans les magasins de stockage ! «Bientôt on conservera à souhait notre production sans que cela ne détériore la qualité, le prix bord champ sera plus important», ajoute Katiohoua Soro.

Expérience

Pour Salif Coulibaly, les Ivoiriens sont sur la bonne voie. « Une fois que la transformation sera importante, le prix du kg de noix de cajou pourra augmenter. C’est ce que les producteurs attendent depuis des années », note-t-il. Avec le cacao, dit-il, l’expérience de la transformation sur le plan local n’a pas véritablement marché. Mais dans le domaine de l’anacarde, on voit bien que ce n’est qu’une question de temps avant que la Côte d’Ivoire ne parvienne à transformer 50% de sa production. 

Tout cela est en train d’avoir un poids sur l’économie du Nord, pour les acteurs.« Je peux fièrement dire que l’anacarde a boosté l’économie du Nord, car en termes de gains, ce produit surpasse de loin le coton. Et à voir les réalisations dans les villages situés dans la zone septentrionale de notre pays, on peut dire que le cajou a apporté beaucoup à nos parents. Et cela va encore changer grâce  ce que l’Etat est en train de faire. Bien sûr que les producteurs bénéficient des retombées de leurs produits », note le directeur général de la Fenapaci. L’une des réussites des producteurs du Nord aujourd’hui, à l’entendre, a été la reconnaissance par l’Etat de l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) de la filière cajou qui viendra mieux réorganiser le secteur et donner aux producteurs leurs véritable mérite. 

Relever le défi de fuite vers le Ghana

 « Plus des 2 tiers des 500 000 producteurs d’anacarde viennent du Nord. Ce combat que nous menons touchera les populations dans cette région, sur tous les plans. Car c’est le combat pour l’économie du Nord que nous menons », indique Salif Coulibaly. 

Parmi les défaillances que les autorités veulent corriger, avec le développement de la transformation local, c’est d’arrêter la fuite des produits vers le Ghana, qui propose jusque-là de meilleurs prix aux producteurs Ivoiriens. Ce sont 10 000 tonnes par an que le pays perd à cause de ce problème. Mais ce sont les régions de Bondoukou et Bouna qui sont le plus touchées par cela, parce que la qualité de l’anacarde y est très bonne. Le Gontougo était classé 1er avant dans la production de noix de cajou en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, cette région occupe la 10ème place. La renaissance de l’anacarde concerne en premier lieu le Nord, mais aussi tous les Ivoiriens. 

Georges Dagou  

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