« IL NE FAUT JAMAIS SE RENDRE JUSTICE », BRUNO KONE A PROPOS DES CONFLITS INTERCOMMUNAUTAIRES 

Politique

Le jeudi 22 mai 2023, le président du Conseil régional a échanger avec les populations de la Bagoué à Boundiali. Devant la maire de la commune et en présence du corps préfectoral, Bruno Koné a tenu un discours ferme à ses mandats à propos des violences intercommunautaires à Gbon, qui ont fait plusieurs victimes.  Ci-dessous un large extrait de l’adresse de celui qui est également ministre de la Construction et du logement. 

(…) C’est bien que les gendarmes viennent séparer les belligérants dans la région. Mais quelle que soit la belligérance, c’est mieux d’éviter de faire des palabres. Si nous ne sommes pas en palabre, nous n’allons pas… 

Comment éviter les palabres, c’est cela qui doit guider notre action dans la région.  La première chose sur laquelle vous m’avez régulièrement entendu depuis une dizaine d’années dans cette région que je suis avec vous, c’est le renforcement de la cohésion sociale. Si on a cette cohésion au niveau des cardes, des chefs, des populations qui sont de diverses horizons. On a parlé de Senoufo et malinké, mais il y a aussi Noumou, les pêcheurs, les Peuhls… qui sont également originaires de notre région.

J’insiste sur une chose, c’est que chacune de ces composantes a ses traditions, ses us et coutumes. Et la première chose qu’il garantit la cohésion sociale que nous recherchons, c’est d’accepter les traditions de l’autre. En même temps, il ne faudrait pas que la pratique de nos traditions pose problème à notre voisin. On dit souvent que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Si nous devrons pratiquer quelque chose, assurons-nous que ça ne perturbe pas la sécurité de l’autre… Mais je serai le premier défenseur de nos traditions, des us et coutumes

S’il y des bois sacrés, ce n’est pas pour rien. Nos parents, nos grands-parents, nos arrières grands parents ont fait cela, ce n’est pas pour rien. C’était pour permettre de faire là-bas, ce qu’il y a à faire sans troubler la quiétude des autres… Nous y faisons ce que nous voulons et personne ne viendra nous déranger. Si nous devons en sortir, pour mener des activités dans la ville, il suffit juste de prendre en considération les autres personnes la sensibilité pourrait être heurtée par nos principes.  

En même temps que je dis cela, j’ajoute que, même quand on est agressé, violenté, une chose est importante, c’est de ne jamais se rendre justice. Parce que malheureusement l’aggravation de la situation vient souvent du fait qu’on a subi quelque chose et on veut rendre. 

Mais vous savez que nous sommes aujourd’hui dans le droit positif. Nous avons certes nos traditions, mais ce qui est appliqué aujourd’hui, c’est le « droit des blancs ». C’est le droit moderne. Si je t’ai provoqué que personne n’a assisté à cela et que toi tu me frappes et qu’il y a un témoin qui t’a vu me frapper, si on va dans un juge, malheureusement, celui qui a frappé qui a tort. Même s’il a raison… Donc il faut qu’on en tienne compte ; Il faut qu’on éduque nos jeunes, nos populations sur ce principe : ne pas se faire justice…

Parce que ce à quoi nous avons assisté à Gbon, n’est pas modeste. Aller bruler un bois sacré, ça ne se fait pas. Quelle que soit la raison, ça ne se fait pas. Interdire à des musulmans d’aller à la mosquée, ça ne se fait pas. Nous étions à Gbon vendredi 17 mai, pour défendre le droit de prier à ceux qui devraient aller prier à la mosquée. Chacun doit être libre de pratiquer sa religion…

La Bagoué a toujours été diverse. Il y beaucoup de Musulmans, beaucoup d’Animistes, beaucoup de Chrétiens. Savez-vous que la Bagoué abrite la deuxième plus ancienne église du District des Savanes, après celle de Korhogo, depuis le début du XX siècle. Nous sommes les arrières petit-fils de ces situation-là.  C’est n’est pas à nous aujourd’hui, de commencer à faire la différence entre nous. Nos arrières grands parents ont vécu ensemble, pourquoi c’est qui allons transgresser à cela maintenant.  Les bois sacrés ont existé depuis longtemps ; l’islam s’est répandu dans notre régions depuis deux à trois siècles…

Je ne suis pas dans cette affaire de Chrétien-Musulman ou Malinké-Sénoufo, je respecte chacun pour ce qu’il est. 

Et c’est cela la vocation de notre nation aussi. La nation ivoirienne est laïque. On prône la laïcité. On accepte toutes les religions, toutes les pratiques, toutes les cultures… »

Propos retranscrit par Ismaêl Coulibaly

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